Mes débuts en écriture !

 

 Nouvelle écrite en novembre 2008

Dans le salon…

Les lumières scintillent de tous côtés, il y a une réception. Le maître de maison est en pleine forme avec sa jovialité habituelle.

Ce soir, René Fallet lui a fait l’honneur de venir dédicacer son dernier livre « un idiot à Paris » lors du vernissage d’une de ses expositions de peinture.

 Son épouse, Odette, s’est mise sur son trente-et-un. Elle est pimpante et presque prête pour recevoir cet écrivain qui habite la capitale. Des amis proches vont arriver ainsi qu’un ou deux journalistes.

 Odette a prévu un buffet. Elle va expérimenter cette nouvelle méthode en vogue, pratique et efficace lorsque l’on a de nombreux invités. Elle est assez stressée, car étant la femme du peintre, elle doit être impérativement à la hauteur, enfin c’est ce qu’elle se dit. Elle s’affaire aux derniers préparatifs avec un peu trop de nervosité selon son mari qui se dirige d’un pas tranquille vers le phonographe, dissimulé dans une vieille maie qu’il a sculptée et qui représente une scène biblique avec Saint-Pierre. Il appuie sur le bouton adéquat, le bras du tourne-disque se lève automatiquement et se pose avec délicatesse sur le 33 tours. Une musique sirupeuse et douce à souhait emplit le grand salon. Une voix grave chante « Warum….Sag warum ».

— Quel est le nom de ce chanteur, demande Odette de la salle de bain en train de vérifier sa coiffure devant la glace. 

— Il s’appelle Camillo Felgen, lui répond Jean, regardant sur la pochette du disque qu’il vient d’acheter. 

— Il me semble que tout est prêt, dit Odette en jetant un œil au buffet installé sur la grande table de la salle à manger. Comme me trouves-tu ? 

— Parfaite ! 

René Fallet arrive dans les premiers. Il parle d’un projet de film prévu,  d’après un de ses livres avec Jean Lefebvre, Dany Carrel, Bernard Blier comme acteurs. L’année d’avant, il a reçu le prix interallié. Originaire du Bourbonnais, cet auteur, ami intime de Georges Brassens s’inspire beaucoup de cette région qui lui est chère. 

Après avoir dit « bonjour » aux premiers invités, ma jumelle et moi filons dans nos chambres. Nous venons de nous régaler de notre plat préféré : des pâtes au gruyère ou plutôt du gruyère aux pâtes. Nous aimerions faire partie de la fête, mais ce n’est pas pour nous ; nous sommes trop jeunes pour ce genre de soirée, et puis en 65 les enfants vont se coucher de bonne heure. Je ne sais pas où se trouve Catherine, notre sœur aînée, durant cette soirée. Je m’assieds en haut des escaliers, mon poste d’observation habituel, devant la petite fenêtre qui surplombe le jardin et le quartier alentour. Je regarde la lune et me mets à rêvasser au son des conversations entrecoupées de rires et d’exclamations qui me parviennent étouffées. Je tends l’oreille, j’aimerais être une mouche pour savoir ce qui se dit. Cette atmosphère festive intrigue la petite fille que je suis qui devine et imagine ce qu’elle ne peut pas voir.

Exclue du monde des adultes, la rêverie m’a souvent servi de compagne, le bruit assourdi des réceptions a meublé mes soirées d’enfant. Mon père était un peintre connu dans sa région, d’où la nécessité pour lui d’entretenir ses relations. 

Quarante-trois ans plus tard, je me souviens de cette période avec une douce mélancolie et une empathie sincère pour tout ce monde aujourd’hui disparu à l’exception de Jeanne Cressanges qui je crois, vit dans la région d’Épinal.