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La page Facebook de Laurent

La première fois que j’ai fait la connaissance de Virginia Woolf, c’est avec la scène d’ouverture du film The Hours, adapté d’un roman de Michael Cunningham. 

Quand Anne-Marie Bougret m’a proposé la lecture de son roman ayant pour titre Intrigue chez Virginia Woolf, j’ai aussitôt repensé à cette séquence de cinéma, un pied qui touche l’eau puis la noyade lestée de grosses pierres enfouies dans ses poches, la légende d’une des figures de proue du mouvement féministe du XXème siècle n’a cessé d’amplifier depuis et d’influer bon nombre de courants littéraires.

Clara, Virginia, même combat …

Cette intrigue fictionnelle s’appuie sur une base solide de références et de documents authentiques, rien de plus immersif que d’aller puiser dans les sources originales et d’en ressentir les mêmes effluves que la célèbre autrice anglaise, autant ne pas tergiverser plus avant, le roman Intrigue chez Virginia Woolf vous plonge très rapidement dans une ambiance typiquement britannique, les personnages répondant à tous les traits et convenances locales, les us et coutumes sont respectés pour tisser une histoire qui voit une Française expatriée, Clara, être mêlée malgré elle à une histoire de meurtre dont le principal suspect n’est autre que son amant.

C’est le début d’une course folle vers la vérité et des péripéties qui vont jalonner un parcours pour le moins chaotique, l’écriture développe son intrigue à un rythme trépidant, l’émergence d’une sphère de personnages tous plus intéressants à appréhender les uns que les autres renforce cette proximité et un voyage en terre anglaise qui ne manque pas de rebondir, les chapitres s’enchaînent crescendo pour un vrai plaisir de lecture.

Quand une intrigue en cache une autre …

Pendant que Clara et consorts tentent de démêler le faux du vrai, le récit prend une direction inattendue pour oser revisiter un mythe sous forme d’un conte imaginaire, effeuiller de nouvelles pages, dépoussiérer un passé qui pourrait bouleverser le monde de la littérature et des certitudes, l’émotion prend le pas sur les préoccupations urgentes des personnages, entre deux feux, cette plongée fascinante dans la vie de Virginia Woolf m’a captivé de bout en bout, toutes les hypothèses émises sèment le doute et la confusion dans l’esprit, dans l’alternance présent et passé, les raisons ne manquent pas de gagner des indices pour comprendre, pour interpréter des signes qui ne surgissent jamais par hasard, à travers les pérégrinations de Clara, on comprend vite que l’histoire se répète et entre la fiction et la réalité, il n’y a qu’un pas, la place de la femme dans la société, la liberté d’être défendue au travers du temps, l’ombre de Virginia Woolf plane, rien ne saurait approcher de la vérité que celle justement d’éviter les stéréotypes et autres interprétations fallacieuses, le roman d’Anne-Marie Bougret ne verse pas dans un périlleux exercice de souffler par tous les vents, cette empreinte énigmatique d’une femme avant la romancière, c’est une Virginia Woolf dépeinte comme une personne ne manquant pas d’humour et de dérision, d’une vision précurseuse, d’un mouvement en avance sur son temps, d’une nouvelle voie vers l’émancipation et la libération des mœurs dans le monde étriqué d’antan pour perdurer un combat qui se poursuit encore.

« La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. » (Virginia Woolf)

Inutile de coller une étiquette à ce roman, l’idée de mixer plusieurs genres pour converger vers une piste mettra tout le monde d’accord ; Anne-Marie Bougret en a fait son fer de lance, un hommage et une admiration sans bornes pour son égérie, son modèle, tout en grattant la surface de non-dits et d’une grande sensibilité, la plume se savoure pleinement révélant une plume mélodieuse, voire exquise, pour analyser finement et délicatement les mœurs d’aujourd’hui en juxtaposant ceux qui avaient cours à l’époque de Virginia Woolf. Des valeurs humanistes qui ne manquent pas de trouver écho ici. Le miroir renvoyant l’image de la femme à travers toutes les générations sonde l’âme humaine en déterrant des pans cachés ou exhumés, perce des secrets à travers des archives et des témoignages. C’est un travail de détective dont Clara mettra tout en œuvre pour en suivre les pistes, comme les contrées vallonnées du comté du Sussex.

Je termine avec une citation qui symbolise toute la pensée indépendante et féministe de Virginia Woolf « Si je ne suis pas moi-même, je ne suis personne », replacée dans le contexte d’une autre époque, pourtant pas si lointaine à l’échelle de l’humanité, c’est un grand pas qui n’a pas fini de résonner encore, aujourd’hui.

Esprit quand tu nous tiens, c’est aussi un hommage intemporel d’une romancière à la littérature, pour les livres, pour l’écriture, pour les mots.

L’essence de la vie, c’est la capacité que chacun porte en soi, des potentiels qui ne demandent qu’à s’épanouir, des sentiments à s’épancher, l’ivresse de la liberté …

Je remercie l’autrice, Anne-Marie Bougret pour cette belle découverte auto-éditée et d’en apprendre un peu plus sur la célèbre romancière Virginia Woolf, mais pas seulement, Intrigue chez Virginia Woolf, c’est aussi un roman mixant habilement thriller et romance pour un voyage outre-Manche et en ressentir tout le charme des campagnes anglaises et de ses cottages, une ambiance flirtant à la Agatha Christie et de ses intrigues mystérieuses, de ses personnages truculents et sarcastiques, des situations hilarantes contrastent d’autres, plus virulentes, bref tous les ingrédients sont réunis pour lire avec un plaisir croissant, au fil des découvertes …

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